EMPREINTES n°100

La question du genre dans l’athlétisme

par Lionel Vignes

Dans les années quarante, deux athlètes bordelaises, Jeanine Toulouse et Monique Drilhon ont été confrontées au cas particulier concernant la féminité de deux adversaires : Léa Caurla et Claire Brésolles.

 Jeanine Toulouse et Monique Drilhon furent dans les années 1940 les deux grandes championnes du sprint français.

Monique Drilhon, née à Bordeaux en 1922, licenciée au Bordeaux Étudiants Club, est en 1943 doublechampionne de France du 100 et 200 mètres, puis en 1946 médaillée d’argent du relais 4X100 aux championnats d’Europe d’Oslo, avec deux co-équipières dont nous reparlerons plus tard : Léa Caurla et Claire Brésolles.

Jeanine Toulouse naît à Lesparre en 1923. S’amusant à défier les garçons dans la cour de l’école, elle est rapidement repérée par Lacombes, l’entraîneur du Bordeaux Étudiants Club. Elle fut 10 fois championne de France et première française en 1949 à 12 secondes sur 100 mètres. Record qui appartenait à une certaine Léa Caurla en 12’’1 ! Elle était aussi une excellente hurdleuse, sélectionnée aux jeux olympiques de Londres de 1948 sur 80 m haies.

D’autres cas

La rencontre sur le chemin de leur carrière sportive en 1946,1947 et 1948 avec deux athlètes dont nous avons évoqué plus haut le nom, Léa Caurla et Claire Brésolles, donne à leurs parcours sportifs un caractère peu banal.

En effet, évènement exceptionnel dans ces années, leurs carrières sportives terminées Mesdames Caurla et Brésolles firent leurs transitions de genres respectivement à la mairie d’Étain (Meuse) et de Narbonne.

Il y avait eu deux cas préalables dans l’histoire de l’athlétisme mondial d’athlètes féminines qui s’avérèrent masculins. Tout d’abord la polonaise Stanislawa Walaziewiz championne olympique du 100 m en 1932 à Los Angeles qui fut assassinée en 1980 et dont l’autopsie révéla des organes sexuels masculins. Puis en 1934, la tchèque Zdena Koubkova, première « féminine » à 2’15’’ au 800 mètres s’avéra être un homme. Aucune des deux ne firent leurs transitions de genres.

Intervention de la fédération pour la sélection des JO de Londres

Léa Caurla fit sa transition après son refus de subir un examen médical pour sa sélection aux Jeux olympiques de Londres. Elle était licenciée au Stade de Metz. Elle prit le prénom de Léon, fit son service militaire, se mariât et eut des enfants. Sous le prénom de Léa, elle fut championne de France du 100 mètresen 1946, 100 et 200 en 1947, médaille d’argent des championnats d’Europe du relais à Oslo avec Monique Drilhon, Claire Brésolles, médaillée de bronze sur 200 mètres à ces mêmes championnats d’Europe, recordwoman de France du 100 en 12’’1 et du 200 mètres en 24’’ 80.

Claire Brésolles devint Pierre, marié, eut aussi des enfants.  Elle fut championne de France du 100 mètres en 1946, à Bordeaux, médaille d’argent à Oslo au relais et recordwoman de France du 100 mètres en 12’’2. Elle courait pour l’AS Carcassonne.

 Complexité

Il est intéressant de constater que deux athlètes féminines bordelaises internationales ont eu à rivaliser au plus haut niveau avec des athlètes dont l’identité de genre s’est avérée être masculine. Bien que rare à l’époque, ce phénomène rend compte du contexte complexe dans lequel la carrière des deux Bordelaises a évolué. Ceci témoigne de leur talent et de leur tolérance (Mme Drilhon avait avoué à l’auteur qu’avec Jeanine elles avaient des doutes devant leurs morphologies et leurs comportements.  

Ces questions de genre étaient bien que suspectées, mal connues, peu comprises et souvent ignorées. Cela soulève les interrogations de l’évolution des règles sportives devant ces problèmes d’identité de genre dans un domaine où les enjeux de performance, d’équité et d’inclusion se croisent. La question reste d’ailleurs encore posée.

 

Article écrit par Lionel Vignes, à retrouver dans le dernier Empreintes n°100

À gauche Monique Drilhon, à droite Jeanine Toulouse