Visite du site archéologique de Saint-Seurin
Le 25 février 2026, la commission Religions de la Mémoire de Bordeaux Métropole a réalisé une visite guidée par l’Office du Tourisme du Site Archéologique de Saint Seurin : le cimetière romain, plus vieux cimetière chrétien de Bordeaux et la Crypte.
Les premières fouilles de ce cimetière ont été entreprises par Paul Courteault et Camille Jullian vers 1910, reprises en 1964 et 1969, en 1997, puis se sont achevées vers 2016-2017.
Au pied de la basilique Saint-Seurin, le groupe descend au sous-sol par un escalier qui mène au cimetière dont le sol aux carreaux rouges est d’origine.
L’historique
Le christianisme apparaît en Palestine, au premier siècle, sous le règne de l’empereur Tibère. St Pierre, apôtre de Jésus et nommé par lui comme premier responsable de l’Eglise est emmené comme prisonnier à Rome et y subit le martyre, comme St Paul, sous le règne de Néron, entre 64 et 68. C’est pour cela que l’évêque de Rome devient dès la fin du 1er siècle le signe de l’unité de l’Eglise.
Le cimetière de Saint-Seurin qui date de la période paléochrétienne, à partir du deuxième tiers du 3e siècle ap.-J.C. va être utilisé jusqu’en 1793. Pourquoi si tard ? Pour des raisons de salubrité publique il avait été décidé de déplacer tous les vieux cimetières paroissiaux en dehors de la ville, mais le budget ne permettait pas l’achat de terrain. C’est la Révolution qui a mis l’ordonnance royale en place. La Chartreuse, sur le terrain des Chartreux, est depuis le plus ancien cimetière de Bordeaux.
Le christianisme s’est répandu progressivement en Occident, après Rome, on peut citer Milan et Lyon. A Bordeaux les premières traces apparaissent après 250. Mais les persécutions durent jusqu’à l’édit de Milan en 313 : les premiers adeptes ont plutôt été des femmes ou des esclaves car les hommes risquaient leur poste dans la société gallo-romaine ! le premier évêque connu à Bordeaux est Orientalis, au début du 4ème s.
A partir de l’édit de Constantin, le christianisme se développe dans la haute société gallo-romaine bordelaise qui garde cependant une culture marquée par le paganisme. En témoignent la présence de pièces de monnaie sur les yeux des personnes enterrées, qui devaient servir à payer le passage du Styx, fleuve des Enfers.
C’est Constantin lui-même qui convoque en 325 le Concile de Nicée pour condamner l’Arianisme qui nie la divinité du Christ. Le christianisme devient religion d’Etat avec l’empereur Théodose 1er, en 380.
A partir du 4ème siècle, l’Empire romain d’occident est menacé par les invasions dites barbares et disparaît en 476. Les « barbares » se rallient au départ à l’Arianisme qui disparaît totalement à la fin du 6ème s. L’Aquitaine subit cette domination mais le diocèse semble avoir assez bien résisté à l’Arianisme. En Gaule Clovis se fait baptiser dans la foi catholique entre 496 et 511.
Le cimetière
Les premiers sarcophages qui datent de 260-262 ap-JC montrent plusieurs types d’enterrement.
Dès l’entrée, des sarcophages réalisés par des gens de qualité : la bourgeoisie gallo-romaine décorait les sarcophages. Plus le rang social était élevé, plus le sarcophage comportait de décorations. Certains de ces sarcophages ont aussi une toiture avec un petit symbole chrétien discret, le chrisme.
Avant Constantin il faut se méfier de sa propre famille quand on veut s’affirmer chrétien. On peut alors faire inscrire des signes comme des écailles qui rappellent le poisson ou de l’eau qui rappelle le baptême, signes compris par les proches eux-mêmes chrétiens. Les premiers signes chrétiens ne doivent pas trop se voir car il est dangereux de s’affirmer chrétien en raison des mouvements populaires contre les chrétiens.
Dans les chapelles funéraires on peut voir des sarcophages avec des bas-reliefs représentant par exemple les filles de Nérée, les Néréides, dans l’eau , ainsi que la chasse au canard.
Un autre sarcophage du Ve siècle montre un chapiteau avec une chèvre qui s’abreuve à l’eau de la rivière : c’est le chrétien qui s’abreuve à la lumière de Dieu.
Quand les Wisigoths, peuple germanique, s’installent en Aquitaine, on a un mélange des genres des enterrements : la tradition gallo-romaine chrétienne et la tradition germanique. Pour distinguer ceux qui dirigeaient la province et ceux qui dirigeaient le royaume, les prénoms romains étaient germanisés.
Plus tard, les épées seront enterrées avec les personnages importants. Les romains sont habillés avec la toge romaine. La société gallo-romaine s’adapte aux nouvelles traditions qui vont devenir chrétiennes. Un mélange va créer une société légèrement différente. Pour les chrétiens on doit respecter l’humanité de l’autre. L’affranchissement des esclaves va être théorisé pour le rendre presque obligatoire. Auparavant, il y avait eu des tentatives mais les grands propriétaires étaient choqués. Après avoir supprimé l’esclavage, le servage va être créé. Après l’empire carolingien, les terres vont être mises en valeur grâce au servage.
Parmi tous les sarcophages importants se trouvent peut-être, soit un abbé, soit un évêque. Un chrétien esclave ne pouvait pas être enterré n’importe où et était souvent enterré avec les moyens du bord. Le riche a un immense sarcophage bien rectangulaire, en marbre plus ou moins travaillé.
Il existe plusieurs moyens de se faire enterrer : tout simplement, le linceul dans un trou, à même la terre ou un cercueil amélioré avec une toiture faite de tuiles ramassées sur des chantiers.
Au Ve siècle, il fallait accepter de devenir chrétien. On se faisait baptiser à l’âge adulte. Se posait alors une question existentielle : les enfants qui meurent sans être baptisés n’errent-ils pas dans les limbes ? Aussi la décision sera prise de baptiser l’enfant à la naissance. Mais comment et avec quoi les enterrer ? Chez les pauvres, dans des amphores.
Le mur de la chapelle privée nous montre, par le sol surélevé, l’évolution entre 260 et 1793. A chaque fois que les chemins de circulation ne permettaient plus d’atteindre le lieu d’inhumation le sol était remis de niveau, en comblant le tout et en faisant d’autres passages ; ainsi le sol pouvait remonter de 5 mètres environ. Les réductions ne se faisaient pas et la personne restait dans le sarcophage.
L’abandon du cimetière en 1793 a été dû à la Révolution française, mais aussi parce qu’il posait problème : il n’y avait plus de place pour enterrer dans la terre. Les guillotinés y étaient enterrés car tout près de la place où se trouvait la guillotine (Gambetta aujourd’hui). Cela a été catastrophique car mes cadavres viciaient l’air.
Il est décidé de transporter le cimetière ailleurs. Pour plus d’économie on peut suivre la forme du corps pour le sarcophage : haut plus large que les pieds. Ainsi, avec plus de moyens, les enfants pourraient avoir aussi un sarcophage.
Quelques marches nous amènent sur le 6e ou 7e sol (époque mérovingienne) devant ce qui a pu être des bains, un frigidarium , des chapelles funéraires privées de famille chrétienne.Les sarcophages posés sur des sarcophages existants étaient résistants. Certains sarcophages étaient mis dans les murs.
Un soubassement montre une succession de croix, un paon faisant la roue, symbole de l’éternité.
Chaque année une fête a lieu dans la chapelle. Les invités sont des chrétiens. Saint-Seurin est en dehors de la ville ; c’est un quartier qui s’est développé en rapport avec le chemin du Médoc et la société est pénétrée de ces idées nouvelles, le christianisme.
Des chapelles privées datent des Xe, XIe siècles avec de la pierre taillée et du marbre.
Pourquoi le lieu de Saint-Seurin fut si important ?
Au XIIIe siècle, la légende de l’empereur Charlemagne rejoint le lieu : les carolingiens ont un œil intéressé sur l’ancienne Hispanie romaine. La marche de Catalogne a lieu jusqu’à Pampelune. La retraite est catastrophique (la légende de Roland). On entre dans l’époque de la Chevalerie.
Des recherches archéologiques ont été faites. Des traces de combats importants ont été trouvées, qui correspondraient à la « fameuse » retraite. La défaite a bien eu lieu mais pas vraiment dans le défilé mais un peu avant, dans la moyenne montagne quand les troupes se sont rejointes. Ce sont les basques eux-mêmes qui ont attaqué et non les sarrasins. Les basques (les gascons) avaient une partie de la Gascogne jusqu’au VIIIe siècle.Roland meurt et devient une légende. Il est enterré à Blaye. Charlemagne aurait déposé l’olifant de Roland à Saint-Seurin.
Les cœurs de preux de Charlemagne qui accompagnaient Roland lui-même auraient été déposés à Saint-Seurin.
Aussi, à cette époque médiévale le lieu avait une certaine renommée et pouvait combattre. Mais arrivent d’autres ordres prêcheurs qui donnent mais les chanoines qui ont des biens ne reçoivent pas assez. Aussi, vient l’idée de Saint-Fort (Fort = sarcophage) : des messes sont dites pour Saint Fort au XIIe siècle. Financièrement les deux figures de Saint-Seurin et Saint-Amand ne suffisent plus.
Les pèlerins font des haltes sur leur chemin et s’arrêtent, passage obligé, à Saint-Seurin pour se reposer, avoir de la nourriture gratuite et recevoir les soins de Saint-Fort : les médicaments (potions) sont gratuits mais pas la bénédiction qui va avec.
L’importance de Saint-Seurin est relancée grâce au pèlerinage. Les moines obtiennent une certaine notoriété.
La crypte
Le portail de la basilique est d’origine.
Un escalier mène à la crypte, sous la basilique.
La petite chapelle d’origine a été divisée en trois parties. Trois sarcophages ont été déposés assez rapidement dans les parties nouvellement créées. Par la suite les sarcophages ont été mis au devant.
Puis une partie en marbre a permis de mettre les sarcophages dessus. Nous sommes au VIIIe siècle ap-J-C. Les colonnes n’existent toujours pas. On est semi enterrés.
Quand arrivent les IX et Xe siècles, les colonnes apparaissent. Des sarcophages ont été placés tardivement.